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La géolocalisation et le suivi des flottes de véhicules

A travers cette enquête, nous tenterons de mettre la lumière sur une technologie nouvelle en Algérie et qui gagnerait à être connue.Vous découvrirez avec nous ce que la géolocalisation peut offrir aux gestionnaires de flottes et aux utilisateurs professionnels du matériel roulant.

Le traceur vous permet de connaître la position de vos véhicules en temps réel avec le nom du conducteur. Vous pouvez paramétrer des alarmes à l’entrée de zones d’interdiction, revoir l’itinéraire ou prévoir des alertes s’il y a déviation, arrêt non autorisé, surveiller le respect des horaires, de la vitesse, du temps d’activité, avoir le kilométrage parcouru, être alerté en cas d’accident,mobiliser le véhicule en cas de vol… Il faut souligner que jusqu’en 2010, les entreprises de géolocalisation étaient soumises à l’agrément de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (l’ARPT) ainsi qu’à une autorisation d’exploitation délivrée par le ministère de la Communication. L’agrément du ministère de l’Intérieur a limité les entreprises ayant le droit d’exercer, en 2011 à 42. Sur le terrain, nous avons découvert que les entreprises qui activent vraiment ne dépassent pas une dizaine. Nous avons, donc, pris attache avec certains d’entres elles, dont LVSC, PROTOS et Algero-Fleet.Qu’est-ce que la géolocalisation ?

Selon le rapport annuel 2009 de l’ARPT, «la géolocalisation consiste à déterminer la position géographique, à un instant donné ou en continu, d’une personne ou d’un objet (véhicule). système le plus utilisé est l’association du GPS (Global Positionning Système) à un réseau de transmission, tel que le GSM (GPRS) ou par satellite Iridium (GMPCS). Un récepteur capte les signaux émis par une constellation de satellites et en déduit sa position. Il transmet ensuite cette information par le biais d’un réseau de transmission tel que le GSM et la traite localement, la sauvegarde ou la transmet à un système centralisé».

Le matériel utilisé est une balise GPS/GPRS contenant une carte Simqui s’intègre dans le système électrique ou électronique du véhicule de sorte à collecter, d’une part, des informations sur véhicule en fonction des capteurs fixés et, d’autre part, les signaux des satellites qui lui permettront de calculer la latitude et la longitude terrestre du véhicule. Ces informations sont transmises via GPRS vers un serveur et une interfaceWeb pour l’utilisateur final. Avant d’aller plus loin, il faudra éviter une confusion assez courante : l’appareil ou balise de géolocalisation, appelé aussi traceur ou tracker en anglais, n’est pas un module de navigation qu’on met sur le tableau de bord pour nous indiquer la direction à prendre. Les applications relatives au traceur sont plus destinées à un usage de gestion centralisée d’une flotte ou de sécurité individuelle. Les dimensions des appareils varient de la taille d’un téléphone mobile à celle d’un petit onduleur de bureau. Les balises qui transmettent par réseaux satellitaires sont plus volumineuses que celles qui utilisent un réseau de téléphonie mobile classique. Cependant, certains fabricants accordent plus d’intérêt à la taille du produit et à son ergonomie que d’autres. M. Rachid Djebrane, cogérant de PROTOS, nous dira à cet effet : « Même si les options peuvent accroître la taille de l’appareil, vous allez trouver sur le marché des appareils de fabrication africaine inutilement volumineux. » Après des tests effectués en 2004, PROTOS a choisi de commercialiser une marque américaine, Enfora en l’occurrence. Il avoue que le Must c’est la marque Garmin, mais le prix n’est pas compétitif. Du côté de LVSC, on joue sur un tout autre registre. L’entreprise dispose d’un département recherches et développement qui ne chôme pas. Situé à Sidi Abdallah, le département puise la matière grise de l’université algérienne, encadre, encadre, forme et recrute les jeunes talents sur la base d’une doctrine interne appelée «méritocratie». Les schémas électroniques et la conception du traceur sont le fruit de cet effort. Selon son directeur général, Karim Brahiti, «la fabrication seulement se fait à l’étranger mais nous avons le brevet du produit et nous comptons passer à la phase deproduction dès que nous serons prêts».

LVSC est l’une des rares si ce n’est la seule entreprise qui dispose de l’agrément catégorie 1 lui autorisant la production de ce matériel classé sensible. M. Brahiti nous dévoile : «Nous avons fait un Benchmark sur 30 équipements et notre objectif en 2012 est de conquérir le marché subsaharien.» Et d’ajouter : «Parmi les 42 entreprises autorisées, 2 sont distributrices de notre solution.» Toutefois, nous avons observé que le matériel en lui-même passe au second ordre. Le plus important dans cette technologie est le résultat délivré au client final, donc, les applications possibles du logiciel et la fiabilité de la cartographie.

Une révolution en matière de gestion

Depuis sa création en 2007, LVSC s’est spécialisé dans la gestion de la flotte et de la logistique intégrale. Karim Brahiti nous confie : «Notre entreprise met sa propre flotte à la disposition du client, prend en charge la formation des conducteurs et assure, ainsi, la mobilité des marchandises et des personnes. Parmi nos clients, je cite Danon, Orascom, British Tobacco, Lafarge et bien d’autres. Pour garantir une gestion optimale de notre flotte de 300 véhicules tous types confondus, la géolocalisation était un besoin logique. Nous l’avons, donc, développé d’abord pour notre propre flotte.»

Certes, nous avons relevé dans l’éventail d’options proposées par les opérateurs,de géolocalisation quelques différences mais, en dernier lieu, le principe est le même. Le système est indéniablement ingénieux. Imaginez que vous gérez une flotte de véhicules pour livrer vos nombreux clients. Le traceur vous permet de connaître la position de vos véhicules en temps réel avec le nom du conducteur ; vous pouvez paramétrer des alarmes à l’entrée des zones d’interdiction, revoir l’itinéraire ou prévoir des alertes s’il y a déviation, arrêt non autorisé, surveiller le respect des horaires, de la vitesse, du temps d’activité, avoir le kilométrage parcouru, être alerté en cas d’accident, mobiliser le véhicule en cas de vol… et la liste n’est pas exhaustive. Aussi, vous avez la possibilité de recevoir ces informations sur votre téléphone mobile, PDA, PND, Smartphone et ordinateur portable et générer l’historique et les rapports détaillés des évènements. Pour une entreprise, ces informations sont d’une grande utilité. Elles permettent de sécuriser les ressources humaines et matérielles, améliorer le rendement par une gestion proactive de la flotte, réduire l’impact des incidents de parcours, satisfaire le client avec des informations précises et faire une bonne évaluation des compétences des agents et responsables de flottes. Sur ce dernier point, M. Rachid Djebrane nous dira : «Vous savez, les chauffeurs ne nous aiment pas. Ils voient en nous des mouchards qui limitent leur liberté de mouvement. Pourtant, ce système pourrait les sauver !» Et d’ajouter : «Comme je dis à mes clients : n’utilisez pas ce système pourattraper les tricheurs ; vous risquez d’avoir une sérieuse rotation dans votre effectif. Informez-les d’abord et donnez-leur la possibilité de changer leur comportement.» De plus, les applications possibles s’adaptent au métier de l’utilisateur qui, selon son activité, pourra surveiller le dépassement de la charge autorisée, les fluctuations de la température de réfrigération, le temps d’activité des engins loués à l’heure, l’itinéraire et l’ouverture des portes des fourgons de transport de fonds, le tracé des zones labourées par les tracteurs…

Le défi de la cartographie

Si les problèmes de connexion et de débit erroné ont tendance à s’estomper au grand bonheur de ces entreprises, l’inexistence d’une carte routière détaillée pour l’ensemble du territoire algérien constitue l’obstacle à surmonter. C’est là que s’exprime la créativité des opérateurs pour présenter le produit le plus fiable possible à ses clients. Autrement, la position du véhicule ne représentera parfois qu’un point au milieu de nulle part. La société PROTOS utilise une carte à accès grand public qui est Google Map. Les noms de rues et des lieux sont renseignés spontanément par les internautes, et s’il y a concordances, ils sont inscrits sur la carte. Cette solution est pratique mais manque quelque peu de fiabilité. Hormis dans l’Algérois, beaucoup de routes secondaires ne sont pas renseignées. Algéro fleet aussi utilise Google Map qui «n’est pas fiable à 100% à cause du décalage qui résulte de l’assemblage des photos et le problème de mise à jour des noms de rues», indique M. Douibi. «Nous ne pouvons pas nous substituer aux autorités concernées pour nommer les routes. Nous attendons que l’Institut national de cartographie finalise sa carte», a-til ajouté. Néanmoins, dans l’attente de cet heureux évènement, l’équipe d’Algéro fleet retire chaque semaine une parcelle de carte détaillée et enregistre inlassablement les données dans son système. A LVSC, la solution adoptée est différente. L’entreprise a confectionné un algorithme qui mémorise les nouvelles voies empruntées par les véhicules de son réseau et, en fonction de la direction et de la vitesse, détermine s’il s’agit,d’une route primaire, secondaire ou chemin. L’entreprise se libère, ainsi, de la dépendance tant de la cartographie que de l’équipementier.

Le profil des premiers clients

La société PROTOS détient un portefeuille de 30 clients. Principalement, des entreprises de transport et de distribution de médicament. M. Djebrane nous révèle : «Nous avons remarqué que de plus en plus d’entreprises exigent cet équipement pour sous-traiteron transport.» C’est , donc, un nouvel argument de marketing qui défavorisera ceux qui restent à la traîne. M. Douibi, directeur d’Algéro fleet, met en exergue sa clientèle étrangère et, notamment, les compagnies pétrolières. Les étrangers ont ramené leurs méthodes de travail. Ce n’est plus un accessoire, c’est devenu une nécessité pour deux raisons : la sécuritaire et la bonne gestion.» En adhérant à un partenariat avec l’opérateur Djezzy, Algéro fleet reçoit une clientèle très diversifiée orientée par l’opérateur de téléphonie en échange de l’utilisation de sa carte à puce.Ce qui nous a surpris lors de cette enquête, c’est la réticence des agences de location de véhicules à adopter cette solution. Les trois entreprises confirment ce constat. Le seul client de ce genre chez Algéo fleet est SIPTAL Cars situé à Hassi-Messaoud. Probablement une exigence de ses clients ? Nous avons approché une agence de location située à Bab Ezzouar et qui a déjà eu des offr services de géolocalisation, à savoir laYes Rent a Car. Sa responsable commerciale nous confie : «Nous recevons des offres depuis 2007 mais l’investissement était lourd. Actuellement, nous nous sentons rassurés car nous avons décroché un contrat avec une entreprise étatique mais il est rassurant d’avoir cette alternative à portée de main.» Cette agence a déjà eu la malheureuse expérience du vol. Le gérant a constaté le refus de remboursement de l’assurance pour ce que le procureur a appelé un «abus de confiance». Quelque temps après, «miraculeusement», le véhicule a été retrouvé. Le directeur opérationnel de PROTOS nous racontera l’histoire de ce client Ansej à Blida qui a perdu ses 5 véhicules neufs loués pour un cortège fictif car, bien qu’intéressé par le produit, il hésitait à toucher ses finances. Une autre agence à Alger-Centre avait fait installer le système sur un seul modèle (le plus cher) grâce auquel il a pu récupérer 5 autres véhicules cette fois encore par la technique du cortège fictif.

La géolocalisation, un avenir prometteur

La géolocalisation fait ses premiers pas dans notre pays. Les premiers appels d’offres intéressants voient le jour (Sonatrach). professionnels s’accordent à dire que moins de 10% du marché sont couverts. Les entreprises du sous-secteur sont prêtes à réagir aussitôt que les contraintes légales s’atténuent. Le ministre des Postes et Télécommunications promet de démocratiser la navigation et le GPS pour atteindrele grand public. Avec plus d’une cinquantaine de véhicules volés récupérés grâce à cette solution, l’intérêt économique est indéniable. Si les opérateurs se débrouillent comme ils peuvent pour pallier aux lacunes de la cartographie, les problèmes de débit de connexion et ses coupures se sont considérablement atténués. Le passage de l’Algérie à la 3G permettra d’introduire d’autres options liées à la vidéo. A Sidi Abdallah, les jeunes développeurs de LVSC se penchent sur leurs ambitieux projets. L’entreprise s’attèle à mettre au point un système intelligent de transport qui, selon M. Brahiti, «permettra de diminuer les problèmes de congestion dans le milieu urbain. Par exemple, une entreprise pourra gérer le passage de ses bus ou taxis dans les stations toutes les 5 minutes en dépit des contraintes». Mais combien ça coûte ? Le prix du traceur est à partir de 40.000 DA. Des modules complémentaires liés à la gestion de flottes sont payants. A cela s’ajoute un abonnement qui coûte approximativement les 1.500 DA/mois pour le réseau mobile et dix fois plus pour le réseau satellitaire exploité généralement par des clients des zones du Sud. Pour cette catégorie, une solution mixte est plus économique.

N.H.

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