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Brahim Hasnaoui, patron du Groupe des sociétés Hasnaoui (BTP et matériaux de construction)
Il faut éliminer toute forme de bureaucratie qui pèse sur l’acte de bâtir

Brahim Hasnaoui est un industriel et acteur  dans le secteur du BTPH opérant sur un rayon de 200 km dans deux willayas de l’Ouest, à savoir Sidi Bel-Abbès et Oran, mais sa réputation dépasse les frontières géographiques de ces deux wilayas. Très entrepreneur, il réussit dans tous ses projets même si toutes les conditions ne sont pas réunies. A travers cet entretien, Brahim Hasnaoui nous livre sa vision de la politique de l’habitat pour résorber la crise de logement ainsi que ses attentes.

BTP Algérie : Le retour de M. Tebboune à la tête du ministère de l’Habitat et à travers son plan d’action, à savoir associer les entreprises européennes dans la construction de logements, va-t-il résoudre la problématique du manque ou de la qualité du logement ? Aussi, comment accueillez-vous cette nouvelle approche pour résoudre la crise du logement persistante ?

Brahim Hasnaoui : Traiter l’urgence en faisant appel à des étrangers, car nous disposons de l’argent, n’est pas la solution idoine, sachant que les Chinois sont là depuis 10 ans, voire même plus, mais cela n’a pas pour autant résolu le problème de logement. Je ne suis pas contre le recours  aux étrangers, mais on ne doit pas perdre de vue le transfert de savoir- faire à travers seule- ment un certain nombre de chantiers, et en amont, on doit améliorer la performance des entreprises algériennes. Le rôle du ministère de l’Habitat n’est pas grammes de réalisation mais de créer des conditions de marché de construction en impulsant une dynamique dans le secteur qui permettra de libérer les initiatives, ce qui induira, de fait, une spécialisation et la performance des entreprises. En somme, asseoir les bases nécessaires pour le développement en mettant en place une stratégie à moyen et long termes.


Pensez-vous que les entrepreneurs algériens, à eux seuls,  pourront répondre à la demande ou même au plan de  construction  de  200  000  logements/an et combien sont les  entreprises qualifiées qui en sont capables et, justement, quel état des lieux faites- vous des entreprises du bâtiment ?

Le problème ne se pose pas en ces termes. Un Etat doit s’organiser pour la transmission du savoir-faire et utiliser toutes les pistes possibles. Le fait de donner à une entreprise étrangère un projet clé en main, cela veut dire qu’elle ramène avec elle ses moyens matériels et humains. Dans tout cela, qu’est-ce qu’on va gagner en dehors des murs ? La vraie  richesse, c’est  d’assurer  la transmission du savoir-faire aux Algériens pour qu’à terme on pourra se passer des étrangers et construire un secteur fort par la force de ces entreprises. On assiste depuis 25 ans à un mouvement des entreprises de bâtiment vers le secteur des travaux publics et de l’hydraulique car le secteur du bâtiment est plus compliqué et, de surcroit, il est le moins rémunérateur compte tenu du prix administré pour le m2 bâti. A priori,  est- ce qu’il  est normal d’avoir un  tarif unifié au niveau national, sachant que la géologie des terrains, l’environnement, d’Est en Ouest et du Nord au Sud sont différents ?

Selon vous, les  Européens auxquels on a fait appel vont-ils sous-traiter avec les entreprises locales, sachant  qu’aucune mesure de révision n’a encore été émise concernant le prix du m2 ?

Concernant les Européens, on ne peut pas encore se prononcer, du moment que rien n’est encore fait ; c’est le wait  and see. Il y a deux  catégories d’entreprises en Europe : des grosses qui ont un nom qu’on appelle des entreprises de bureau qui font uniquement de l’engineering et elles sous-traitent tout avec les entreprises de terrain, soit la deuxième catégorie. Dans le cas Algérie, nous avons ramené les premières. Pour régler le problème de la main- d’œuvre qualifiée  puisque notre système de formation est inopérant, elles vont ramener, donc, de la main-d’œuvre étrangère, ce qui va sûrement coûter très cher puisque l’ouvrier portugais ou espagnol coûte entre 500 et 1 700 euros, soit 170 000 dinars par mois… Attendons de voir la faisabilité.

Donc, le partenariat est voué à l‘échec ou bien cela va faire incidence sur le prix, mais comment expliquer que les Chinois ont réussi à prendre des parts dans la construction ?

Les entreprises européennes sont aux abois, en faillite, elles n’ont pas de travail, donc elles s’accrochent à tout ; la réalité du terrain va nous rattraper. Mais avec les Chinois, les  choses se présentent autrement : ils ont des points forts comme la main-d’œuvre moins cher, plus corvéable, docile, capable de travailler 7/7, à raison de 10 h par jour, et de plus, l’ouvrier chinois se suffit d’un repas de 300 à 400 DA. L’Européen est-il capable de faire de même ? Prenons leçon : les Chinois qui sont là travaillent avec un personnel chinois et transfèrent  30%  du  coût  de  leurs contrats, ce qui est énorme au vu du vo- lume de leurs travaux en Algérie. Alors qu’avec seulement 5 ou 6%, on peut faire beaucoup mieux en assurant un transfert de savoir-faire aux entreprises algériennes.

 

Où se situe la faille ? Est-ce que c’est le fait de ramener des Européens pour construire le logement social, ce qui coûtera plus cher au Trésor, sa- chant que les Allemands et les Français ont exprimé leur réticence dès le départ par rapport au prix d’imposition à l’étude ou de réalisation au m2 ? Cela signifie-t-il qu’on va, de fait, libérer le marché de la construction du logement ?

Je n’arrive pas à comprendre comment les choses sont en train de se faire, et en plus on veut marier ces entreprises aux entreprises publiques. Je vous pose la question : un mariage forcé pourra-t- il marcher ? Une association entre entreprises ne doit pas s’accomplir sans définir au préalable les points forts et faibles de l’une et de l’autre ; elles doivent se compléter par besoin et non par décision d’un tierce.

Donc, vous ne croyez pas aux partenariats ?

Je suis dubitatif. Car dans les conditions énoncées, on ne va pas capitaliser du savoir, on n’assure pas le transfert aux entreprises algériennes. D’abord, il y a un problème qui se pose concernant aussi bien la taille des entreprises que le management. Aujourd’hui, que peut apporter une entreprise  publique algérienne à une entreprise étrangère ? Elle est plus un boulet qu’un élément catalyseur, et de plus, elles ont des objectifs diamétralement différents. Tu mets des fonctionnaires en face ; je ne crois pas à ce type d’association. Normalement, c’est à l’entreprise, de manière volontaire, d’aller chercher le partenaire qui lui convient selon ses besoins. Si celle- ci n’est pas impliquée au départ et qu’on vient lui parachuter un partenaire, le résultat est connu d’avance. En plus, les procédures sont tellement lourdes pour régulariser la situation d’un étranger ou même pour créer une entreprise mixte, plus petite soit-elle, vous devez passer par le Conseil national d’investissement (CNI). Six mois se sont déjà écoulés, où on est-on ? sans parler des délais de traitement  des dossiers de visa aux hommes d’affaires, etc.  L’environnement ne s’y prête pas.

Que proposez-vous concrètement pour que les entreprises algériennes soient capables de peser aux yeux des pouvoirs publics au même titre que les entreprises européennes ?

De prime abord, il faut travailler dans la continuité, j’irais jusqu’à anticiper sur l’après-pétrole. Il faut arrêter ces choix sur le court terme. L’étranger doit être un complément et nous devons négocier son savoir-faire et la crise actuelle en Europe est en notre faveur, donc on peut tout négocier en position de force. Avoir recours aux étrangers pour l’exécution des programmes de logement est une solution de facilité qu’on peut se permettre car nous disposons  d’une cagnotte. Cette vision n’arrange pas le processus de développement des entreprises algériennes. Il faut une vision à long terme, donc il y a des mesures à prendre  pour  améliorer  les  performances de nos entreprises, tout en réduisant la dépense publique. Et amorcer la spécialisation, ce qui est en soi un grand pas. Il faut  favoriser l’émergence d’entreprises fortes, et chacune dans son domaine. Par exemple, celle qui fait le revêtement ne fera que cela. Idem pour la menuiserie intérieure, le traitement de façade, les  terrassements, les  bétons, etc. C’est cette organisation qui fonctionne dans tous les pays du monde. Il n’y a pas de raison à ce que cela ne fonctionne pas chez nous.

Ne pensez-vous  pas  que la de- mande pressente impose des choix, à savoir une gestion moins rationnelle qui sert  plus  le personnel politique aux dépens des constructeurs ou entreprises  nationales  privées ou  publiques ?

La demande, à mon sens, est sur-faite, elle n’est pas réelle. L’Etat distribue  gratuitement des logements, c’est-à-dire, plus on construit, plus les listes des demandeurs s’allongent. Le choix  actuel de gérer dans  l’urgence pour avoir la paix sociale n’est pas une solution définitive. A mon avis, il faut d’abord faire une  analyse des entreprises : pourquoi cela ne marche pas. Si on ne prend aucune mesure et, en plus, on vous met des boulets et ensuite  on vous demande de courir, cela est-il possible ?  On  doit demander  plutôt  aux pouvoirs publics quelles sont les mesures prises pour l’émergence des entreprises  qualifiées,  performantes  et d’excellence pour concurrencer à l’international ou répondre à nos besoins de constructions. Mais des solutions existent. D’abord, il faut mettre les concernés et les experts autour d’une table, qu’on définisse les normes. Il faut obliger les opérateurs à innover, à trouver des solutions  en libérant l’initiative et surtout à réduire la  bureaucratie qui pèse énormément dans l’acte de bâtir.

Vous avez réalisé par le passé beaucoup de logements sociaux ; qu’est-ce qui différencie cette expérience de celle de nos jours ?

Le logement  promotionnel ou le LSP a connu un début durant les années 1980. Avant, l’unique intervenant dans ce domaine était le public. Aujourd’hui, la situation est nettement meilleure sauf qu’il faut un peu plus de liberté. La bureaucratie qui bouffe toute initiative avec tous les cahiers des charges qui ne nous donnent aucune mesure d’ajustement ou de modification fige tout le système. L’Etat doit tirer vers le haut au lieu de tirer vers le bas.

Votre vision de promoteur prédomine sur celle d’une entreprise qui réalise seulement pour  compte.  Actuellement, vous êtes en phase de parachèvement de la promotion que vous intitulez « Quartier Ryad » (+ de 1 700 logements  sans  les  galeries marchandes). Vous avez eu la liberté d’action en faisant une cité plutôt intégrée avec tout ce qu’elle peut comporter comme école, secteur sanitaire, mosquée, etc., mais pourrait-on, à partir de votre réalisation, extrapoler sur  l’en- semble des constructions, sachant que plus de 80% des logements sont à caractère social, alors que ce que vous proposez a aussi un coût ?

Pour moi c’est la même chose. J’ai osé intégrer l’isolation thermique phonique, espace vert des ensembles intégrés pour sortir du concept cité dortoir. Le problème n’est pas là.

Quand on libère le marché, le véritable décideur, c’est le client final et le promoteur ne fera qu’adapter son offre à la demande. En fin de compte, le «client» est passif. Alors que dans une économie de marché, c’est lui qui décide. On peut stratifier la demande selon son pouvoir d’achat, son épargne et évidemment libérer le foncier de la pression actuelle, et à ce moment-là, on pourra construire pour toutes  les couches chacune en fonction de ses moyens et besoins. Ce qui permettra même une mobilité selon seulement les besoins.

Je suis à l’origine du LSP, nous l’avons initié durant les années 1990, dans les moments les plus durs de notre histoire post-indépendance. Grâce à cette formule, on est arrivé à loger même des femmes de ménage ; une demande solvable beaucoup plus que ce l’on croit.

Que  proposez-vous  aujourd’hui pour capter la réelle demande ?

L’Etat peut avoir  plus de performances en réduisant le financement public, en améliorant l’environnement et en faisant seulement de la régulation. Réduire le financement du logement par le  Trésor  est possible. Actuellement, l’État finance tout, réalise et, de plus, le donne gratuitement, et au final il y a toujours des mécontents. Mais économiquement, ce n’est pas une solution durable.

Il faut plutôt inciter le citoyen à investir dans les biens durables et non dans le consommable. Donc, il doit imposer un minimum d’apport, ce qui incite à plus d’épargne et, de fait, les listes des prioritaires à bénéficier  ne  seront pas contestées. Dans ces conditions, le futur acquéreur aura à faire à un organisme financier prêteur auquel il sera redevable mensuellement et non à l’Etat. Et à un autre titre, cela permettra d’éponger la masse monétaire en circulation.

Donc, vous ne soutenez pas la politique actuelle du logement ?

On doit se mettre dans les conditions les plus défavorables, il faut anticiper  sur  les  baisses  des  coûts  de pétrole.  La   situation  sera   catastrophique. Il faut prendre des mesures courageuses.   Il   faut   que   l’accès   au logement devienne un droit mérité. Et, plus les gens épargnent, plus ils participent au financement de leur logement et moins les besoins de l’Etat sont importants. Il faut éliminer toute forme de rente en créant les conditions d’un marché transparent  pour  que  toutes  les couches de la  société  se  retrouvent. L’État a  les moyens de  réguler pour faire face à l’ensemble des catégories sans exclusion. Il y a beaucoup de demandes parce que c’est gratuit.

En conclusion, l’Etat doit faciliter au maximum,  libérer  le  promoteur,  le client  et  non  le  «bénéficiaire».  En somme, le logement en général devient un produit de marché.

Karima Alilatene


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