Lafarge

Les statistiques varient d’une source à l’autre
Le granulat «souffre» de l’atomisation des entreprises

 

La grande dispersion de l’offre dans le domaine des agrégats et du sable rend difficile toute concentration de l’information sur le secteur y compris auprès des professionnels. Même au sein de l’Office national des statistiques, on admet que les informations ne sont que parcellaires. En effet, à l’exception de quelques entreprises qui possèdent plusieurs carrières (ENG, ALGRAN, Cosider, Entreprises de TP), il y a presque autant de carrières que de sociétés.

 

Selon un document parvenant de l’Entreprise nationale des granulats, la production de granulats (y compris les sables) est estimée entre 80 et 100 millions de tonnes par an. Selon la même source, il existe 110 sablières et la quasi-totalité de ces dernières sont privées.

 

De son côté, Mme Saïda Neghza, viceprésidente de la Confédération générale des entreprises algériennes, a indiqué qu’«il existe à travers le pays 700 carrières recensées et qui sont exploitées par leurs propriétaires». Malgré la présence de ce potentiel qui aurait pu répondre amplement à la demande des divers constructeurs de différents ouvrages, la même responsable met le doigt sur des problèmes auxquels sont confrontés les professionnels. D’autres avancent des informations supplémentaires sur le secteur. C’est le cas du président de l’Union nationale des exploitants de carrières, Aboubekr Souiki, qui a indiqué, en septembre dernier, que 2 500 opérateurs activent dans ce secteur.

 

Les exploitants des carrières auraient pu mieux s’organiser afin de rationaliser leur production. Or, ils mettent en exergue le manque de plans de charge pour fructifier leurs investissements. Malgré les besoins du pays en plusieurs produits issus de l’exploitation des carrières réparties à travers de nombreuses wilayas du territoire national, les professionnels de ce secteur se plaignent du manque de plan de charge. Dans ce domaine, ce ne sont pas les entraves qui manquent et qui concourent à rendre les investissements infructueux.

 

La vice-présidente de la CGEA, qui exploite elle-même des carrières à travers sa société, indique que malgré des investissements consentis qui s’élèvent à des milliards, «ce ne sont pas toutes les carrières qui fonctionnent à un rythme satisfaisant». Selon elle, l’outil de production reste insuffisamment utilisé et les capacités installées se trouvent, de ce fait, en souffrance.

 

Qu’il s’agisse de sable, de marbre, de gravier ou d’autres substances encore, Mme Neghza estime que parmi les problèmes auxquels le gouvernement doit trouver une solution figure celui des taxes. D’après son constat, «les exploitants sont soumis à des taxes importantes». Pour étayer ses propos, elle met en avant l’exemple des exploitants des gisements de sable.

L’Union nationale des exploitants de carrières a soulevé également, de son côté, les «lourds impôts, l’accès difficile aux autorisations de forage d’eau pour pallier au problème de poussière affectant les travailleurs et les riverains».

Ces autorisations sont délivrées par les services de l’hydraulique sur la base d’actes de propriétés des sites, ont-ils indiqué.

 

Les exploitants des carrières ont alors entamé des démarches avec les autorités pour traiter les problèmes du secteur. Ils ont même été accueillis par la commission économique de l’APN. Cette dernière a organisé un débat avec le ministre de l’Energie et des Mines, Youcef Yousfi. Au cours de ce débat, la question des taxes a été soulevée mais aussi celle liée aux autorisations d’exploitation pour booster l’investissement dans ce domaine.

 

C’est ce qu’avait indiqué le ministre immédiatement à l’issue de l’audience qu’il a eue avec les membres de la commission pour présenter le nouveau projet de loi sur les mines. D’autres propositions allant dans le sens d’une meilleure organisation de ce métier sont contenues dans le projet.

 

Parmi les objectifs des autorités et des professionnels, figurent l’exploitation optimale de l’outil de production pour un meilleur approvisionnement du marché en granulats ou autres produits. Rien que pour le granulat, l’ENG produit annuellement plus de 10 millions de tonnes ce qui représente 20% de parts de marché.

 

Mais il arrive que cette production connaisse des baisses. Durant les deux dernières années, la chute de production a été de près de deux millions de tonnes en raison de l’achèvement de la réalisation d’une grande partie de l’autoroute Est-Ouest et d’autres grands projets. Pour répondre à la demande générée par ces chantiers, l’ENG a réalisé la plus grande usine en Algérie de fabrication de sable concassé à El-Hachimia (Bouira) avec une production de 1,6 million de tonnes/an de sable conforme aux normes algériennes et européennes, selon Mohamed El Amine Ali-Turki, responsable commercial à l’ENG. Le maintien en activité des carrières devrait, néanmoins, s’effectuer sans difficultés.

 

L’Algérie offre, en effet, des opportunités de développement dans la construction de logements, la réalisation de l´autoroute des Hauts-Plateaux de 1 300 km, la réalisation de nouvelles routes et des ouvrages d’art (ponts, tunnels…) ainsi que la réalisation de pénétrantes qui relient, entre autres, les villes portuaires à l´autoroute Est-Ouest. A cela s’ajoutent les projets de tramway dans de nombreuses wilayas et l’extension pour le tramway d’Alger ou encore la Grande mosquée d’Alger.

 

Les entreprises qui alimentent les centrales à béton de granulats doivent veiller à proposer des produits de meilleure qualité, tout en assurant la production des quantités requises pour leurs clients, ont indiqué des participants à la 5e édition des rencontres professionnelles franco-algériennes «Mines et carrières» en avril dernier. Certaines entreprises disposent même de laboratoire pour le contrôle de la qualité des produits.

 

Un plus grand plan de charge sauvera également les entreprises de la fermeture. Selon le directeur du contrôle et de la sécurité au niveau de l’Agence nationale de la géologie et du contrôle minier, Mohamed Lahbib Sakher, il y a pas moins de 500, soit 25% des carrières sur l’ensemble des 2 200 existantes au niveau national qui sont sans activités.

 

Certaines carrières restent sans aucune activité malgré les autorisations et l’existence de la matière première et cela à cause de nombreux problèmes techniques et des entraves causées par les groupements d’habitations.

Pour compenser le déficit de certaines localités, les entreprises se retrouvent dans l’obligation d’acquérir leurs besoins en agrégats en dehors de leurs wilayas moyennant des surcoûts et des retards dans leurs chantiers.

 

T. C.

 

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